334. C’est le nombre de fiches dans le registre santé et sécurité au travail depuis le début de l’année scolaire. Parmi ces fiches, 191 sont liées aux risques psycho-sociaux. Et l’année n’est pas terminée.
Les enseignant⋅es sont malmené⋅es dans le cadre de leur travail. Et quelles réponses leur sont trop souvent apportées ? Une remise en cause de la posture professionnelle du personnel en souffrance. Ou encore une réponse à la fiche SST visible de tous les personnels de l’établissement qui n’est en rien une solution à court ou moyen terme mais une attaque sur le personnel ayant osé écrire son mal-être. Ou encore, dans une école, tou⋅tes les enseignant⋅es qui craquent ou s’effondrent en larmes après la visite de l’IEN suite à une série de fiches.
Si SUD éducation 85 reconnaît que, dans certains cas, la réponse a pu être à la hauteur des problèmes rencontrés, force est de constater que les conditions de travail vont en empirant. Et ce n’est pas terminé compte tenu de la suppression de 34 équivalents temps-plein (ETP) dans le 1er degré ainsi que de 23 dans le 2nd degré rien qu’en Vendée. Maintenir les postes malgré la baisse démographique serait « suicidaire » pour le ministre. Quel cynisme quand on sait que les professionnels de l’Éducation Nationale sont particulièrement à risque de pensées suicidaires et de passage à l’acte en raison de nos conditions de travail dégradées.
Mais alors, si le fameux indice E/C (élèves par classe) diminue, pourquoi une hausse du mal-être ?
On peut aller chercher du côté de la baisse des moyens.
Une baisse des moyens humains mais aussi matériels qui pèse sur nos collègues et donc sur les élèves. Que ce soit la quasi suppression du pass culture collectif par exemple, qui a mis à mal tant de projets pédagogiques souvent déjà engagés. Ou les moyens alloués aux voyages ou sorties scolaires. On peut aussi aller voir du côté des difficultés administratives, pour monter une classe découverte, végétaliser une cour d’école ou juste pour se faire rembourser ses frais kilométriques. Une overdose de paperasses administratives qui, loin de fluidifier les démarches comme était censé le faire l’obligation légale de dématérialisation, fait crouler sous le travail les personnels ayant le courage de monter un dossier quelconque, ainsi que les services administratifs chargés de répondre aux demandes. Services malmenés aussi par ces injonctions à réduire le télétravail, à rebours des enjeux environnementaux, afin de les faire revenir dans des locaux désormais inadaptés à leur tâche. Le mal-être peut aussi avoir pour cause une inclusion des élèves en situation de handicap sans les moyens adéquats pour que cela soit fait dans des conditions ne les mettant pas en souffrance. Le déploiement des PAS va accentuer encore ce problème en mutualisant les aides aux élèves à besoin particulier. Par mutualiser, il faut entendre faire plus avec moins. Multiplier les accompagnements pour une seule AESH tout en leur confiant, de façon totalement illégale, des tâches qui ne sont pas dans leurs missions : surveillance d’examen, tâches administratives...
Au lieu de profiter de la baisse démographique pour améliorer les conditions de travail des personnels et les conditions d’apprentissage des élèves, le gouvernement réduit les dépenses dans les secteurs essentiels (éducation et santé) pour favoriser une politique belliqueuse en donnant un chèque en blanc aux armées. L’État n’aurait plus un euro à investir pour les enfants mais dans le même temps, il lance la construction d’un nouveau porte avion à plus de 10 milliards d’euros et investit 24 milliards dans les munitions…
Surfant sur la casse du service public, le privé lance une communication de plus en plus agressive pour racoler auprès des parents avec de fausses informations ou des options bidons. Et au lieu de faire la promotion de ce qui fait l’attrait de l’enseignement public comme la mixité sociale et les valeurs de démocratie et d’égalité, ce sont au contraire des valeurs fascisantes qui s’y développent. Que ce soit par l’intermédiaire d’entreprises privées comme Bolloré faisant main basse sur les maisons d’édition de manuels scolaires ou par celles d’associations financées par Stérin pour vider l’EVARS de son sens ou propager des valeurs discriminantes voire racistes et militaristes. Multiplication des classes défense et passeport du civisme tracent une voie brune qui nous fait glisser vers un régime autoritaire. On se demande quand la hiérarchie prendra ses responsabilités face à l’Histoire en coupant net l’herbe sous le pied de la peste brune. A quand, en Vendée, l’interdiction du passeport du civisme pour commencer ?
Le constat est alarmant pour l’école publique : la baisse des effectifs est plus forte que dans le privé. C’est la traduction d’une part de l’inégalité de moyens entre les deux écoles. L’école publique, en raison des préférences politiques se retrouvent avec moins de moyens et d’autre part l’absence de certaines obligations pour l’école privée.
Enseignement privé et idéologie capitaliste sont liés, ce n’est plus un secret. Les nanti⋅es et les notables scolarisent leurs enfants dans le privé. Pas question de les mélanger à la plèbe. C’était d’ailleurs là l’une des volontés de Jules Ferry en imposant l’obligation scolaire pour avoir sous contrôle permanent la jeunesse prolétarienne. Ne surtout pas laisser l’enseignement aux mains de la classe travailleuse, détruire les rêves de la Commune. Mais privé et politique de droite réactionnaire sont aussi liés comme on a pu le voir à la Roche-sur-Yon quand des directeurs d’écoles privées ont appelé les parents d’élèves, par leur boîte mail professionnelle, à voter pour Luc Bouard. Et même quand vous auriez le pouvoir, Madame la Dasen, de mettre un caillou dans cet engrenage de haine et de discrimination, vous évitez de prendre vos responsabilités en prétendant que seul le préfet ou une plainte pourrait y mettre un terme. Mais c’est bien sous votre autorité que des IEN inspectent les enseignant⋅es du privé ? C’est bien à la DSDEN qu’il y a un service de gestion des personnels du privé 1er degré ? Alors, est-ce que le devoir de neutralité (que parfois vos IEN appellent par méconnaissance ou manipulation devoir de réserve) ne s’applique qu’aux agent⋅es de l’école publique ? Est-ce que réellement un directeur d’école privé peut donner des consignes de vote aux parents d’élèves en utilisant son carnet d’adresse et son courriel professionnel ?
Si dans le public un directeur envoyait de l’adresse ac-nantes.fr de son école un message demandant expressément aux parents d’élèves de voter LFI, il y aurait immédiatement un lynchage médiatique sur les chaînes nationales d’extrême droite et on imagine bien une mise à pied immédiate voire pire. Et là ? Aucune sanction ne serait possible pour ces personnels payés, pour leurs missions d’enseignement, directement par l’État et inspectés par vos IEN ? Nous avons du mal à y croire. Le contrat avec l’État ne peut-il pas être retiré pour une école privée ne respectant pas les principes de laïcité, de neutralité ou ne voulant pas appliquer les programmes d’EVARS ?
Nous interpellons aussi encore et toujours les collectivités concernant l’état déplorable de la majorité des collèges et lycées publics de Vendée. Amiantés jusqu’à l’os, des bassines pour récupérer la pluie s’écoulant dans les salles et les couloirs, des portes coupe-feux en berne, des plafonds qui s’effondrent… Mais si les élu⋅es des collectivités ne mettent pas les pieds dans les établissements concernés, même lors des CA, iels ne peuvent pas se rendre compte du désastre. Mais tant que l’argent public coule à flots pour l’ICES, aucun problème, n’est-ce pas messieurs et mesdames élu⋅es de la région ou du département ? Quels moyens envisagez-vous afin de rénover le bâti scolaire public ?
Encore et toujours aussi, notre interpellation de la préfecture vis à vis des MNA non scolarisé⋅es ou des enfants de familles exilé⋅es menacé⋅es de se retrouver à la rue du jour au lendemain. Pas d’élèves à la rue nous dit-on ? Sûrement uniquement grâce aux militant⋅es qui leur trouvent des solutions d’hébergement. En tout cas pas grâce à la préfecture pour qui être à la rue ne semble pas être un problème en France, en 2026 !
