Déclaration liminaire du CSA Bilan de rentrée du 18 novembre

Cette instance se tient encore une fois au cœur d’une actualité politique chaotique. Les discussions sur le projet de loi de finances ne nous assurent pas des lendemains qui chantent, bien au contraire. Il est prévu de supprimer les dispositifs présentés il y a seulement 2 ou 3 ans comme de grandes revalorisations de nos rémunérations et conditions de travail. Ainsi, en plus des suppressions de postes démentielles annoncées (4000 à 8000 postes selon les débats au Parlement), les Pactes et les projets Notre école faisons la ensemble qui ont servi de caution pour supprimer les dotations en HSE ou en budget de fonctionnement vont disparaître sans aucun retour sur les précédents systèmes. C’est donc finalement, encore et toujours, une grande dévalorisation de nos rémunérations et missions. Ces attaques de notre système éducatif ne sont pas nouvelles et s’inscrivent dans un projet global néolibéral visant à détruire tout à fait les services publics au profit de l’enrichissement personnel de quelques un⋅es et de la victoire d’un projet idéologique libertarien.

Dans l’enseignement supérieur, le projet néolibéral est bien avancé avec des lois qui ont habilité des grands acteurs privés sur le marché de la formation. Financés en partie par de l’argent public via l’apprentissage, ces acteurs ont ouvert des formations type bachelor dans tous les domaines concurrençant l’offre publique, gratuite et de qualité que sont les sections de technicien⋅nes supérieur⋅es. Ainsi localement, une section de technicien⋅ne supérieur⋅e a été gelée à la rentrée au lycée Branly alors même que celle-ci correspond à des besoins locaux et métiers en tension. Qu’attend le ministère pour faire le ménage dans cette offre privée pléthorique de mauvaise qualité dont le seul objectif est de faire du fric sur le dos des familles ?

Instrument de ce projet politique libertarien : mettre la jeunesse au pas. Une centaine de communes de Vendée sont signataires du passeport du civisme qui propose, au milieu d’actions associatives, de former de bons patriotes soumis aux ordres. Passeport du civisme soutenu financièrement par PE Stérin, ce milliardaire qui veut voir la victoire idéologique et politique de l’extrême-droite en France et relancer la natalité de petits enfants blancs et chrétiens. Et pour cautionner ces actions, rien de mieux que l’autorisation institutionnelle de pouvoir faire une cérémonie sur temps de classe et pouvoir compter sur votre présence Mme la DASEN.

Militarisation de la jeunesse qui se poursuit ensuite par les classes défense et sécurité globale qui se multiplient, toujours grâce à votre aval Mme la DASEN. Le SNU a été supprimé mais les bruits courent d’un retour à une forme de service militaire et le budget de la défense explose quant à lui. Avec une augmentation de 56 % entre 2017 et 2025, hausse qui n’est rien en comparaison de ce qui est prévu dans la loi de programmation militaire… Bref, des suppressions de postes et de moyens pour l’école, sauf pour les dispositifs de militarisation de la jeunesse, un beau projet de société porté par nos dirigeants et notre institution au pas.

Les collègues qui refusent d’être les instruments de cette politique se retrouvent en proie à des vagues de cyberharcèlement de la part de parents d’extrême-droite, ces mêmes parents qui versent des larmes de crocodile en mémoire de Samuel Paty, assassiné pourtant suite à une vague de cyberharcèlement provenant d’un parent d’élève. Deux poids, deux mesures selon que ça serve leur agenda raciste ou non.

Ce samedi 15 novembre, des manifestations avaient lieu un peu partout en France pour dénoncer les violences faites aux enfants et adolescent⋅es. Un instrument de lutte contre ces violences est la mise en place effective d’une éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle ambitieuse des plus petites classes jusqu’aux plus grandes. Le plan de formation a tardé à se déployer et les moyens alloués sont largement insuffisants : les IMP n’ont pas été revues à la hausse pour rémunérer les nouvelles missions des référent⋅es EVARS, référent⋅es autodéclaré⋅es par l’administration des établissements dans bien des cas sans même avoir consulté les collègues en amont, pas d’enveloppe horaire dédiée alors même que les programmes mentionnent un nombre de séances obligatoire par année, des budgets de fonctionnement qui ne permettent déjà plus de financer les projets culturels ou sportifs existants, alors ne parlons pas de nouveaux projets EVARS…

S’ajoutent à cette absence de soutien institutionnel les attaques incessantes de l’extrême-droite contre les prétendus « wokistes islamogauchistes » et nous avons des collègues découragé⋅es de lutter contre les discours réactionnaires ambiants.

Face à l’hégémonie des discours d’extrême-droite dans notre société, il est grand temps de mener une lutte antifasciste d’envergure en défendant un service public d’éducation émancipateur, antiraciste, antisexiste et inclusif de toustes contre une idéologie réactionnaire, sécuritaire, qui ne rêve que de faire de nos élèves de la chair à canon ou à patron.