F3SCT du 12 – 02-​26 – Déclaration de SUD éducation 85

Déclaration de SUD éducation

Formation spécialisée en Santé, Sécurité et Conditions de Travail de la Vendée

12 février 2026

Les situations de violence à l’école explosent, soumettant un nombre toujours plus grand de personnels à des risques inacceptables. Les fiches SST documentent une partie de ces situations, qui pour l’immense majorité ne sont pas solutionnées par l’employeur. Ces fiches, qui font état de risques physiques et psychologiques parfois graves (dont des VSS), ne reçoivent que des réponses de principe, voire pas de réponse du tout. L’État se rend ainsi fautif : averti d’un risque, il ne met pas en œuvre les moyens nécessaires pour mettre en sécurité les personnels. Dans le secteur privé, que penser d’un chef d’entreprise qui laisserait en toute connaissance de cause une machine défectueuse en service ? Si, en outre, il répondait par écrit à une alerte : « oui, je sais, cette machine est défectueuse, mais je n’en ai pas d’autre sous la main, redoublez donc de vigilance en l’utilisant, je vous fais entièrement confiance », on pourrait à bon droit le considérer comme un criminel. Le jour de l’accident fatal, sa responsabilité pénale serait engagée.

L’éducation nationale fait cela. Des personnels se font frapper, mordre, griffer, insulter, et jour après jour, ça continue, entraînant une sidération grandissante de la part d’enseignant·es ou d’AESH qui se rendent compte, peu à peu, de l’impensable : non, leur employeur ne les protégera pas. La machine est défectueuse ? Oui, mais on n’en a pas d’autre. Des personnes sombrent psychologiquement pour avoir compris cela : mon employeur me regarde me noyer, ne m’envoie pas de bouée, voire, dans certains cas, m’enfonce la tête sous l’eau. Les crises quotidiennes de cet·te élève, cela ne serait pas dû à votre posture professionnelle ? Qu’avez-vous mis en place ? Avez-vous tout essayé ?…

Si vous cherchez de l’aide ailleurs, comme par exemple à la médecine de prévention, eh bien… là encore, l’employeur est fautif. Non seulement personne ne bénéficie de la visite médicale qui est pourtant obligatoire, non seulement demander une visite médicale est un parcours du combattant qui n’aboutit que dans les cas les plus graves, non seulement on ne peut plus voir la médecin mais une infirmière « qui transmettra », non seulement il faut pour la plupart des personnels se déplacer jusqu’à Nantes… Mais en plus, la médecin des personnels est également depuis septembre 2025 la médecin conseil du rectorat ! L’administration refuse d’y voir un conflit d’intérêt, dans ce délicieux mélange des genres managérial qui voudrait nous faire croire que les intérêts de la rectrice sont les même que ceux des personnels… Or, le système est plus que jamais pyramidal. La rectrice et sa médecin conseil sont presque en haut, épargné·es, alors que les AESH violentées par des élèves en souffrance ou les enseignant·es harcelé·es par des parents dysfonctionnel·les sont tout en bas, écrasé·es par la maltraitance du système.

Nous revendiquons une médecine de prévention digne de ce nom. On ne manque de médecins du travail que parce qu’on manque de volonté politique. Quand un pouvoir devient autoritaire, les médecins du travail (comme les inspecteur·ices du travail, d’ailleurs) deviennent indésirables… rien n’est plus simple alors que de décourager des vocations avec des fiches de poste délirantes. En effet, comment prétendre mener toutes les missions de la médecine de prévention, seul·e, à l’échelle d’un département entier ? Nous revendiquons une campagne de recrutement d’au moins un·e médecin de prévention par circonscription, accompagné·e d’une équipe pluridisciplinaire. Nous ne demandons pas la Lune, cela reste même modeste au regard des besoins. Bien sûr, cette amélioration de notre santé au travail à un coût. Cela tombe bien : les milliardaires sont de plus en plus nombreux et de plus en plus riches en France, et leur fortune ne leur sert à rien !

Tout cet argent pourrait, en plus, désamianter tous les établissements scolaires de France où le risque de cancer grandit à bas bruit au fur et à mesure qu’ils deviennent vétustes. Sur ce sujet, le GT académique qui s’est tenu le 6 février dernier était sidérant : percer des murs sans avoir l’assurance qu’ils ne contiennent pas de produits amiantés ne semble pas problématique pour le rectorat de Nantes…

Mais gageons que la fortune des milliardaires continuera encore longtemps à ne servir à rien : en effet, nous avons à l’ordre du jour un document élaboré en partenariat avec « l’Alliance pour la santé mentale », qui parle d’entreprise, et n’a même pas été réécrit pour le secteur public… Attirer et fidéliser les talents ferait, d’après cette charte, partie des objectifs de l’amélioration de la santé mentale au travail. Tout ça, sans psychologue du travail, sans doute… La responsable de cette obscure Alliance, Angèle Malâtre-Lansac, officiait au très droitier institut Montaigne avant de rejoindre le gouvernement puis fonder enfin « l’Alliance pour la santé mentale ». Elle n’a semble-t-il aucune compétence en termes de santé mentale mais qu’importe, une charte de plus, et comme par magie nos conditions de travail s’amélioreront… Ce sera sans SUD éducation. Nous ne ferons pas alliance avec l’administration. Nous continuerons de lutter pour nos droits, dans cette instance et ailleurs.