SOS de TZR en détresse

TZR. Titulaire sur Zone de Remplacement. Derrière ces trois lettres, un statut. Derrière ce statut, rarement choisi, une multitude de dysfonctionnements et un mal-être grandissant.

Affectation = soumission

Chaque année, les TZR sont dans l’attente d’une affectation courte ou à l’année qui ne leur est pas possible de refuser. Cette affectation arrive au mieux mi-juillet après la fermeture des établissements (sic!), au pire fin août ou après la rentrée. Très pratique pour connaître ses niveaux, préparer ses cours, prendre contact avec ses collègues et l’administration, organiser la garde d’enfants, etc.

Cette année bat des records, grâce à la réforme du concours. En effet, le nombre de berceaux stagiaires est en hausse, mais sans surprise pas anticipé. Voilà donc des BMP* réquisitionnés en tout ou partie. Les épargnés vont pour la plupart être destinés à des contractuel.les, devenu.es indispensables au fonctionnement des établissements, à défaut de les titulariser...

Ne restent donc que des miettes éparpillées entre 2 ou 3 établissements (voire plus !). Et puis, il y a les TZR qui n’auront pas réussi à avoir quelque chose et qui devront se présenter dans leur établissement de rattachement, afin de savoir si on a besoin d’elleux. C’est vrai que TZR rime avec poussière, après tout. Passez le concours qu’iels disaient !

Frais de route = banqueroute

Gagner une bataille, ce n’est pas gagner la guerre. Et celle-ci (de bataille) requiert une patience extraordinaire.

Quand les « heureux.ses » élu.es auront décroché la fameuse affectation, et pour une grande partie, découvert avec « joie » qu’iels auront plusieurs kilomètres à faire, iels devront affronter la peste ou le choléra, à savoir les ISSR (Indemnités de frais de déplacement) ou Chorus (l'outil monstrueux gérant les frais de déplacement).

Les ISSR pour celleux dont la ou les affectation(s) commence(nt) après le 1er septembre, Chorus pour les affectations à l’année. Dans les deux cas, des démarches plus ou moins complexes pour réclamer son dû. Dans les deux cas, un remboursement au plus avantageux pour l’institution. En effet, les ISSR sont calculées à partir de l’établissement de rattachement et non du domicile. Quant aux déplacements des affectations à l’année déclarés sur Chorus, c’est au moins cher pour le Rectorat, soit à partir du domicile soit du rattachement. Il faut donc espérer une affectation pas trop loin de chez soi pour y trouver son compte, ce qui dans les faits n’est pas souvent le cas.

Ensuite, arrive le moment du « lâcher prise », où après avoir bien rempli le dossier dans les temps impartis, il faut le laisser pour validation entre les mains de l’administration de son établissement pour les ISSR, du service DBF pour Chorus. Et c’est parti pour l’épreuve de la patience. En ce qui concerne Chorus, il faut déjà s’approprier une plateforme contre-intuitive à l’ergonomie préhistorique pour saisir ses déplacements quotidiens. Cette étape franchie, il peut se passer plusieurs mois avant que le dossier, puis les ordres de mission soient traités et payés. Même avec des relances par email ou téléphone, car les personnels administratifs sont elleux aussi en sous-effectif et débordé.es de boulot. Et attention, si la moindre erreur de déclaration se glisse, retour à la case départ.

Pendant ce temps-là, le prix du carburant continue son ascension et les garagistes sont sur le point de proposer des cartes de fidélité spéciales TZR. Nos huiles (de moteur?) trouvent que nos frais de déplacement leur coûtent de plus en plus cher, et qu'on s'en met plein les poches -dixit le secrétaire général de la DSDEN de Vendée. On aurait, semble-t-il, même de quoi remplacer notre voiture! Déconnexion ou provocation?

Mouvement intra-académique = tu l’auras ou tu l’auras pas ?

Le poste fixe. Le fameux. Une espèce qui devient en voie d’extinction, avec les fermetures de classes de plus en plus nombreuses, et les groupes de spécialité en lycée qui fluctuent d'une année sur l'autre. Quel espoir pour les TZR qui rêvent de stabilité ?

Et quand bien même, si quelques postes résistent encore et toujours, les TZR doivent passer l’épreuve du saut de haies. Ou du saut de barres. La première c’est celle du département. Et oui, pour être bien sûr que leur condition de fantôme soit bien claire, les TZR ont beau être rattaché.es à un département, lors du mouvement iels n’en font plus partie. Pouf ! Disparition ! Comme par magie ! À elleux désormais de faire preuve de dextérité pour dépasser la barre qui change de hauteur tous les ans. Les plus souples se retrouveront ensuite devant la deuxième barre, celle du poste visé. Et parfois malgré tous les ravitaillements/bonifications possibles, les plus persévérant.es n’atteindront la ligne d’arrivée qu’après de (trop) nombreux essais.

Être TZR, c’est avoir des compétences d’adaptation et d’endurance mises à rude épreuve. C’est devoir réexpliquer des dizaines de fois que « oui j’ai le CAPES je suis autant qualifié.e que toi », « non je n’ai pas choisi de vagabonder dans le département », « non je ne sais toujours pas où je serai à la rentrée alors que nous sommes le 4 juillet », « oui je participe au mouvement intra tous les ans », « non je ne serai pas professeur.e principal.e car je suis sur plusieurs établissements », ...

C’est s’entendre dire « oh ça va il y a pire ! », « oui c’est loin de chez vous mais vous avez des frais de route n’est-ce pas ? ou vous n’avez qu’à déménager », « non on n’aime pas donner des temps partiels sur autorisation aux TZR pour les besoins de service », « ce n’est pas notre problème si vous êtes fatigué.es/si vous avez des enfants », « cette formation PSC1 n’est réservée qu’aux personnels en poste fixe », ...

C’est être considéré.e comme la variable d’ajustement.

C’est ne pas pouvoir faire de projets à long terme ou s’investir pleinement dans les établissements.

C’est dire au revoir aux collègues et aux élèves tous les ans.

C’est se battre pour nos droits continuellement.

C’est être déshumanisé.e. Angoissé.e. Epuisé.e. Abandonné.e.

 

*BMP= Bloc de Moyens Provisoires : Temps de service incomplets, attribués soit à des TZR, des contractuel.les ou à des stagiaires, qui viennent ainsi « boucher les trous » dans les établissements.

 

 

 

Les revendications de SUD éduc pour les TZR

Pour un respect des choix des TZR, SUD éducation revendique:

  • le choix réel de la suppléance courte ou à l’année avec des barèmes transparents et dont l’application est contrôlée par les CAPA et uniquement dans la ou les disciplines de recrutement ;
  • le choix laissé aux TZR d’effectuer ou non les heures supplémentaires correspondant au poste remplacé.

En ce qui concerne les affectations, SUD éducation revendique :

  • pas de sortie de la Zone de Remplacement dans une zone connexe sans accord et une restriction du périmètre des Z.R. ;
  • l’interdiction pour l’administration d’affecter un·e TZR sur plus de deux établissements en même temps ;
  • la prise en compte par une bonification de cette affectation lors des mutations inter-académiques.

En ce qui concerne les indemnités et les frais de déplacement, SUD éducation revendique :

  • l’ISSR pour toutes les suppléances, courtes et à l’année, dans et hors de l’établissement de rattachement ;
  • le remboursement des frais de déplacement calculé d’établissement à établissement ;
  • un arrêté d’affectation transmis systématiquement par écrit pour couvrir en cas d’accident de service ;
  • le paiement des frais de route au barème km des impôts et pas au tarif SNCF 2ème classe pour les personnels obligés d’utiliser leur voiture.

Pour nos conditions de travail, SUD éducation revendique :

  • la prise en compte des déplacements dans le temps de travail, pour le temps supplémentaire par rapport à la résidence administrative et entre les établissements d’exercice si affectation multiple ;
  • un allégement de service conséquent (3h) en cas d’affectation multiple (au maximum deux établissements) ;
  • un délai de préparation d’au moins 48 heures en dehors de l’établissement de rattachement.