Texte d’orientation sur les pédagogies

texte d'orientation pédagogies

 

Une autre école, pour une autre société.

Comment penser un changement politique sans penser un changement de projet pour l'école, et réciproquement ?
Le syndicalisme que nous défendons ne se contente pas de défendre les personnels mais est aussi porteur d’un projet de changement social, qui ne peut s'incarner sans assurer le respect des droits et l'émancipation des élèves. En ce sens, SUD éducation 85 se doit de s'
intéresser aux pédagogies coopératives et critiques qui se sont fondées sur un tel objectif de changement.

Stages et partenaires

SUD éducation 85 organise chaque année des stages pédagogiques.

Au niveau local, des liens forts existent avec l'ICEM 85, qui propose régulièrement des ateliers voire des journées entières sur la pédagogie Freinet.

Sont également intervenus ces dernières années les Centre d’Entrainement aux Méthodes d’Education Active (44), l'Office Central de la Coopération à l’Ecole (85), le Groupe Français d’Education Nouvelle, l'association Chahut, le collectif Questions de classe(s), des membres de l'équipe du lycée expérimental de St Nazaire et Nico Hirtt (Appel Pour une Ecole Démocratique).

Contexte des politiques éducatives actuelles

Liberté pédagogique attaquée

La mise en place du Conseil Scientifique de l’Éducation Nationale (CSEN), créé en janvier 2018 par Jean-Michel Blanquer, et dont les membres sont nommé·es par le ministre, prive les enseignant·es de leur expertise et rend difficile dans les médias tout discours sur l'éducation autre que celui du CSEN dirigé par Stanislas Dehaene et son équipe.

Déjà en septembre 2018, les enseignant·es ont vu apparaître le « guide orange » pour enseigner la lecture et l'écriture au CP. C'était le premier d'une longue série de « guides » qui existent maintenant pour tous les niveaux de l'école primaire en maths et en français. Ces guides, parfois imposés par des inspecteur·ices, deviennent de fait alors des « modèles » et uniformisent les manières d'enseigner.

Avec la mise en place du « choc des savoirs » prévue à la rentrée 2024, la liberté pédagogique est encore attaquée de plein fouet ! La labellisation des manuels annonce des méthodes imposées, uniformes, niant le professionnalisme des enseignant·es ainsi que leur capacité à s'adapter à leurs élèves. Dans le même sens, les nouveaux programmes ouverts à pseudo-consultation (français/maths cycles 1 & 2) ne laissent pas aux enseignant·es la possibilité de s’adapter au rythme d’apprentissage de chaque élève, condition sine qua non de leur réussite à cette période des apprentissages. Ces nouveaux programmes nient l'existence même des cycles, en imposant jusqu'à des objectifs infra-annuels. L'inscription dans ces programmes de l'enseignement de la lecture à partir des graphèmes en CP, ainsi que des méthodes définies (la méthode de Singapour en mathématiques), contraignent les enseignant·es à n'être que des exécutant·es. Toutes ces mesures liées au « choc des savoirs » empêchent la mise en place d'une différenciation pédagogique et évacuent l'hétérogénéité des groupes, pourtant propice aux apprentissages de tous·tes.

Formation initiale et continue dégradée

Les temps de formation sont de plus en plus confisqués : les stagiaires sont envoyé·es en classe sans formation initiale suffisante. L'augmentation de la contractualisation contribue également à la demande de « clé en main » de la part de personnels peu ou pas formés. La généralisation des « constellations » en 2020 avec les plans français et les plans mathématiques empêche tout choix possible dans la formation continue.

Les formations sous forme de webinaires ou de visios se généralisent, ce qui nuit à leur qualité car elles ne permettent pas d’échanges avec les intervenant⋅es ou entre les stagiaires.

Dans le premier degré, la plupart des demandes de remplacement, pour les stages de formation syndicale ne sont pas honorées, rendant plus contraignante la participation des collègues qui décident malgré tout de s'y rendre.

De plus en plus de formations sont proposées ou imposées hors temps de classe ou durant les vacances. En Vendée, les AESH se sont vu⋅es proposer une journée de formation sur temps de travail mais sans traitement !

Evaluation, tri, compétitions amplifiées

Les élèves sont sans arrêt évalué⋅es :

Les évaluations nationales imposées se généralisent : CP, CE1, CM1, en 6ème et 4ème, puis seconde et 1ère année de CAP, sans compter les examens.

Le contrôle continu au collège, au lycée et dans le supérieur engendre un esprit de compétition qui crée un stress permanent chez les élèves. Venir en classe a donc de plus en plus une dimension anxiogène, jusqu’à la phobie scolaire de plus en plus souvent.

Sous couvert de pseudo ambitions pédagogiques, des injonctions contradictoires permanentes génèrent des souffrances et un sentiment de malaise, chez les élèves, les parents et les enseignant·es.

Les mesures mises en place en collège et en lycée (groupes au collège, classe de prépa-lycée, obligation d’obtenir le DNB -Diplôme National du Brevet- pour poursuivre sa scolarité) visent à trier et sélectionner les élèves, à freiner leur parcours quand il faudrait avoir les moyens de mieux les accompagner.

La disparition du groupe classe, au lycée général et au lycée professionnel, par le regroupement d'élèves de filières différentes dans certaines matières, met à mal la gestion des élèves, le suivi avec un diagnostic pédagogique partagé, le travail en équipe et l'émergence d'un esprit de cohésion. C'est une perte de repères pour les élèves. Le « choc des savoirs » va propager ces difficultés au collège.

L'enseignement général au sein du lycée professionnel est encore réduit pour fournir une main d’œuvre bon marché au patronat. L'accumulation des réformes perturbe en permanence les apprentissages et le travail en équipe.

Management destructeur

La redéfinition de la fonction de directrice ou directeur d’école (loi Rilhac), ainsi que la mise en place des évaluations d'écoles, engendrent une mise en concurrence permanente entre les équipes et au sein des équipes.

Le·La directeur·ice est sans cesse jugé·e et juge, et cela détériore les relations entre collègues.

Ces changements progressifs et rapides à la fois sont une attaque libérale des valeurs émancipatrices et démocratiques intrinsèques à l'école publique que nous promouvons.

Perspectives

SUD Education 85 lutte pour notre liberté pédagogique à différents niveaux : dans la classe, dans les écoles et établissements, au sein du syndicat.

On ne peut pas se battre seul·e face au rouleau compresseur du « new public management » qui cherche à nous isoler pour empêcher toute réaction efficace. SUD éducation 85 doit porter ses revendications pour l'école en favorisant les échanges et les luttes collectives. La meilleure arme est de bien connaître ses droits et de les utiliser.

SUD éducation 85 s'engage à lutter pour l'abandon de toutes les mesures du « choc des savoirs » et les prochaines réformes néfastes au service public d'éducation.

Les élu·es de SUD éducation 85 exigeront les moyens budgétaires et humains nécessaires au bon fonctionnement de l’École publique au sein des instances où iels siègent et dénonceront les conditions de travail délétères imposées aux personnels.

SUD éducation 85 utilisera les RIS (Réunion d'Information Syndicale) pour permettre aux collègues du 1er degré de ne pas se rendre à des animations pédagogiques imposées et mises en place par l'institution. De plus, des stages de formation syndicale au contenu pédagogique continueront d'être proposés aux collègues. Ils s'appuieront sur le tissu local et les ressources nationales.

SUD éducation 85 poursuivra ses missions d'information auprès des personnels et usager·ères pour défendre sa vision émancipatrice de l'éducation.